Je voulais incarner le destin, la remettre sur ses véritables traces, sur ses traces à elle pour qu'elle s'aime, enfin. Je détestais l'idée qu'elle ne se fasse pas confiance. Elle était une reine, ma reine. Mais elle était convaincue qu'elle ne valait rien. Ou des broutilles dont on allumait un grand feu pour aveugler les autres.
Je ne voulais pas créer une femme nouvelle, je voulais qu'elle se retrouve. Qu'elle retrouve la petite fille qui voyait tout, qui n'était pas dupe, qui avait compris, trop tôt, comment la vie marchait. Toute cette violence précise, cette clairvoyance qu'on lui avait enlevées comme on déshabille une poupée.
Et elle s'était rhabillée à la hâte avec un fatras de hardes et de faux semblants. Pour se cacher. Pour oublier sa honte. Pour oublier qu'on l'avait blessé. Décapitée par l'indifférence brutale des autres.
Je voulais lui faire oublier ses hommes de passage, qui ne l'avaient regardée ou mal, ces aventures au goût amer, ces rejets qu'elle camouflait sous un masque de petit soldat fier. Je la sentais parfois si fragile, si chancelante, sans point d'ancrage, jouant des rôles dans lequel elle se perdait. Petite fille tremblante ou séductrice chevronnée, apprentie balbutiante ou chef de chantier galonnée. Je ne voulais pas la changer. Je voulais qu'elle se reconnaisse, qu'elle fasse la paix avec elle-même, qu'elle abandonne ses masques et ses peurs.